extrait de l'ancien blog, 21 février 2007


Vernissage de Nabe

J'arrive au vernissage, en retard, comme d'habitude. L'estomac serré. Il est vrai que rencontrer Nabe a toujours été intimidant pour moi. Qui plus est dans ce genre d'endroits. Sur le trottoir, je retrouve Besson, jovial comme toujours. Je me détend un peu, au moins un être humain que je connais en ce lieu. Besson ne change pas, toujours rétif à Bernanos ! Le pire est que j'en connais plein comme lui. Qu'est-ce qui les dérange chez ce terrien illuminé?
Je me suis parfois demandé comment Nabe pouvait aimer Bernanos, qui aimait tant son pays. Il le critique encore plus férocement que MEN, mais tout de même, il l'aimait. La réponse était facile : haine de l'ironie voltairienne, de l''esprit de vieillesse (un Dutourd en serait l'incarnation parfaite, genre "bof, bof, tout ça se passait déjà sous les Grecs. Et ça croit faire preuve de sagesse, imbéciles!).
Une autre question me hante toutefois, à laquelle je n'ai pas trouvé de réponse valable : pourquoi notre Byzantin déteste-t-il à ce point la France ?

Bref, après le bol d'air Besson, je rentre dans la galerie. C'est pire que je ne le croyais. J'observe, de petits groupes qui se forment et se reforment. Tout le monde semble se connaître. Les visages montrent qu'il se trouve ici des êtres de différents milieux sociaux.
Mais ils semblent se connaître. Que faire dans ces cas-là? Prendre une coupe, ça occupe.

Et les femmes, les femmes. J'ère dans un univers houellebecquien, rempli de femmes sublimes (à quelques exceptions près, mais c'est l'impression d'ensemble).
Toutes semblent provenir d'un milieu social plus aisé que le mien. ça intimide toujours. Leurs vêtements sont à l'image des tableaux, intenses et beaux.

Les tableaux, donc. Depuis le temps que je désirais les voir "en vrai". C'est ce site, d'ailleurs, qui m'a fait découvrir ce que je subodorais déjà en lisant les Journaux, le Bonheur, et surtout Printemps de Feu : ils allaient me plaire, pas de doutes là-dessus.

(N'allez pas croire que je sois un Nabien béat : Malévitch me fait horreur, le jazz, globalement, m'ennuie. Ce que j'aime chez Nabe ce ne sont pas forcément ses goûts, c'est l'esprit qui les anime, mais j'y reviendrais une autre fois)

Comme on visite une grotte, je suis un couloir imaginaire, regardant bien sagement un tableau après l'autre. Les portraits en noir et blanc sont vifs, mais trop aériens à mon goût (pas de jugement, juste mon impression). Comme tout le monde, je trouve toutefois le Sollers très réussi.

Je tourne à droite, premier choc : l'Orient. L'Orient rien que dans ses yeux. Les yeux de Loti. Une sorte de langueur rêveuse, attentive, potentiellement cruelle. Je ne connais pas Loti, mais je l'aime déjà. Je sais que ce tableau sera sur mon podium. Et il y a le fès, rouge vif, comme il se doit. Quel contraste entre ce rouge et le noir oculaire.

Plus loin, une oeuvre m'intrigue. En faisant le tour complet de la galerie, je confirme : le portrait de Simone Weil est le seul à n'avoir pas de visage. C'est l'oeuvre qui plait le plus à Marcel. ça doit signifier quelque chose, mais quoi? Pffrt, aucune idée.

En face du livre d'or, ah! enfin de l'huile. J'adore le Loti, mais la peinture à l'huile,tout de même, je n'y résiste pas. Et quele peinture. Tiens? Encore un auteur que je n'ai pas lu : Bloy. Je regarde la date : début des années 80 (ou fin 70', je ne sais plus). Visiblement, Nabe pensait à Van Gogh. Mais après tout, le coup de pinceau nerveux, le jaune vif n'est pas réservé aux Néerlandais acouphèniques !

A droite du Bloy huilé, deuxième choc, et troisième auteur non-lu (sauf d'un château l'autre, et encore...). Céline âgé. On ne voit que sa tête, mais on l'imagine bien en robe de chambre dans son pavillon de banlieue. Deux jours après, ce qui me revient en premier, c'est cette barbe naissante, le négligé, et l'oeil, mon Dieu, l'oeil ! On croirait le vrai, comme un sanglier sur une plaque de bois chez un chasseur. Un regard agacé, un peu fatigué, grognon, un vieux crapeau, un gros matou. Il y avait quelque chose de frappant aussi avec la bouche, la forme de la bouche. Là encore, la mémoire me fait défaut.

En face de la vitrine, un portrait de Bernanos, mais contrairement à la quasi-totalité des tableaux, c'est curieusement le portrait de Bernanos qui me semble le moins percutant (parce que les oeuvres de Nabe, écrites, dites ou peintes, percutent).

Dernier choc : un autre Leon Bloy, massif, plus que massif, ENORME. Des épaules comme les moustaches de Nietzsche. Une lourdeur de pachyderme, de taureau qui va charger. Là encore, peinture à l'huile et couleurs vives. Rien à voir avec Van Gogh. Je ne connais pas Bloy et pourtant, j'ai l'impression de le connaître, rien que par cette peinture.

Avec maladresse, plus tard, je quitte la galerie, espérant voir bientôt un autre vernissage, consacré à l'Orient, perse, turc et arabe.
Je repart l'estomac toujours serré. La Beauté, ce n'est pas anodin.

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photo de la dernière exposition de MEN, dont nous reparlerons sur ce site...