Les néoréacs, vous vous souvenez ? Mais si, mais si ! 2002, Lindenberg, Dantec passant chez Durand (ou chez Ardisson, qui se souvient de Thierry Ardisson ?), Elisabeth Levy, Finkielkraut et son ami Philippe Muray. Ces gens ont existé, ils ont eu leur heure de gloire. C'était la décennie maudite, les années 90, les abjectes années 90, le temps de Jospin, de Voynet, de la start-up et de la patinette, du sympa Bill Clinton et de la mondialisation heureuse.

arton10547
tellement 1998...

Vous vous doutez bien que face à cette fange (et encore, j'en ai parlé en deux lignes parce que j'ai mal au crâne et qu'il est près de trois heures du mat', mais je reviendrais sans doute sur cette décennie atroce) il était assez facile de faire le rebelle. Nabe étant trop mystique (avant de me faire flinguer par son webmaster, je précise que c'est pas une critique, hein, juste qu'il est parfois obscur, Marc-Edouard !), Houellebecq n'étant pas encore advenu (et de toute façon une fois son avènement, mal compris par ses idolâtres), Soral et Michéa connus seulement de quelques aficionados de la fac de Montpellier ou de Mireille Dumas, bref, la France se vautrant alors dans un désert aride et gris, les seules voix discordantes étaient celles des proto-néoréacs.

Un protonéoréac, c'est un néoréac qui s'ignore, le mot n'ayant pas encore été inventé (la droite n'était pas hype, circa 1997).

Et un néoréac, c'est quoi ?

C'est simple, c'est un protosarkozyste : un libéral convaincu, occidentaliste à mort, en érection (voir en éjaculation) devant tout ce qui touche de près ou de loin le judaïsme. Bref, c'est François Léotard, mais en battle-dress et auxiliaire à gros seins. Décomplexé. Jouissant de son mépris, qu'il feint de distiller façon acide sur les has-been du marxisme, sur les cadres jacklanguiens et sur l'hydre affaiblie-mais-sait-on-jamais de la réaction et du fascisme.

1
Le tout bien sûr en citant "Maistre" (sic) pour montrer qu'on a pas peur de lire des auteurs "maudits", en rappelant que Céline et Drieu avaient du style, une "vision très moderne" (on est prié de pas rigoler, si si! c'est très "moderne" les "grands blocs continentaux" de Drieu, sacré impérialistes, jamais vous ne vous consolerez du traité de Verdun!).

Après les auteurs, la sainte trinité Dantec-Muray-Finkielkraut, sont apparus les missionnaires, les blogs. J'ai déjà évoqué, je crois, le blog consanguin, mais on peut aussi citer I like your style, le blog qui aime les top-models pinochetistes, Milton Friedman et Ayn Rand, Friedrich von Hayek et les éjac' faciales. Bref, une sorte de condensé d'Henry de Lesquin qui se serait sorti le balai du cul.

ayn
Ayn Rand, l'extrémisme libéral porno-chic

Je ne leur jette pas la pierre, hein, ce sont de sacré rhétoriciens, des mecs capable de vous pondre dix pages justifiant la politique libérale sous Pinochet ou cet intérêt suprême des pauvre, la suppression du salaire minimum (bon, faut avouer aussi qu'avec les montagnes de pognon dont disposent les think-tanks libéraux, et donc les montagnes de chiffres et de pages web qu'ils produisent, la tache devient moins ardue).

auguste_pinochet250px_Dune210106_10
un libéral s'est caché dans un bel uniforme, sauras-tu le retrouver ?

Où en étais-je ? Ah oui, donc talentueux, gnagnagna, indubitable blablabla, mais il y a vraiment une chose insupportable chez ces gens-là, c'est cette pose "au-dessus de tout ça", ce sempiternel renvoi dos-à-dos des ringards réactionnaires "tout court" (par opposition aux "néos") et des abrutis de gauche.

bezflinguecq0bruno_julliard

sabine_1
Sabine Herold, l'alternative libérale au beauf reac et au p'tit con aubryste


Et pourquoi ça vous énerve, hein ? me demanderez-vous, ô foule innombrable de mes lecteurs. Très simple, parce que leur pose est...une pose, un mensonge, une attitude, un "like your style", justement. S'il y a une chose que sait un lecteur de Michéa (qu'il savait même avant d'avoir lu Michéa, instinctivement) c'est qu'un libéral ne peut pas mettre la droite réac et la gauche, aussi conne, aussi marxiste, aussi débilo-ségoléniste soit-elle sur le même plan. Je ne remet pas en doute la sincérité (encore que...) de leur énervement, aux néoréacs libéraux, face à l'insondable fatuité stupide des gauches, mais un énervement n'est pas un engagement. Et l'Histoire montre que lorsque le danger est pressant, que les choses sérieuses arrivent, le libéral se vautre dans la collaboration avec la gauche. Entre l'être libéral et l'homme de gauche, c'est un mariage de raison, bien plus solide que tous les coups de foudre du monde.

Deux petits exemples, pour le prouver. Une photo, puis un extrait d'ILYS

21_avril_2002_2_couverture_the_economist_2

Entre le modernolâtre bougiste à roulettes aspirant à la fin de l’histoire  et du récit, et le réactionnaire tout moisi qui rêve d’un monde immobile en pleurant ses fromages de têtes, il y a la même envie furieuse d’en finir avec la geste occidentale et son odyssée, mais j’ai dans l’idée que le second se glissera plus facilement dans les fourgons de l’etranger que le premier

*
*
*