Comme sujet casse-gueule, on ne peut pas faire pire, je crois (je pourais toujours dire que j'ai écris sous l'atroce douleur de mon opération dentaire, hum).

Adonc, la nuit dernière, j'ai regardé quasi en entier (j'ai sauté des passages assez chiants, à base de défilés de membres du NSDAP-jeunesses, du NSDAP-ouvriers, du NSDAP-SA, du NSDAP-SS et que sais-encore) Triomphe de la Volonté, film commandé par Hitler et réalisé par la belle Leni Riefenstahl

(dont voici un portrait, avec Marlène Dietricht -qui se sera donc tapé Jean Gabin et Adolf, palmarès éclectique et peu commun-, une certaine -et très jolie- Wong, et Leni, à droite de l'image)

DietrichWongRiefenstahl



Bon, donc, le film. N'étant pas cinéphile, pas spécialiste, j'ai été surpris par "l'amateurisme" de l'oeuvre (qui narre le congrès du parti nazi en 34 ou 35). Les cuts sont trop visibles, le montage assez grossier, et -mais peut-être est-ce du à une vision sur un mauvais format-, le "noir et blanc" est moins beau, moins net, moins onctueux que dans La ligne générale (immonde film de propagande sur les miracles de la paysannerie industrielle et collectiviste de l'URSS, qui allait aboutir au génocide de millions de paysans ukraniens quelques mois plus tard).

Néanmoins, c'est puissant. Trop puissant, même, et c'est ça qui dérange le plus dans ce film.

Avant d'aller plus loin, je dois vous faire une confession : quels que furent mes choix politiques, ils ont toujours gravité autour du national et du social. Donc, le mot "national-socialisme" n'est pas en soi pour me déplaire.
D'ailleurs tous mes billets publiés ici ne sortent jamais, ou quasi, de cette ligne idéologique bien rigide sur le fond, même si nuançable sur la forme ou le détail.

Confession encore plus compromettante : mes lectures, ces derniers temps, portant sur la guerre de 14 et sur la période 33-45 me font croire de plus en plus que la version de 39-45 qu'on nous sert est (en partie) un conte pour enfant (au sens d'une division très stricte, très Walt Disney entre les méchants très très et tout le temps méchants, et les bons très très et tout le temps bons.).

Par exemple, ces lectures m'ont appris que

-la guerre de 14 ne fut pas voulue et déclenchée sciemment par les Allemands, ni par les Autrichiens (sur les Autrichiens, je reviendrais, tout de même), ni par l'Angleterre, la France, un complot judéo-maçonnique ou les marchants d'armes. Non, il fut préparé par les panslavistes russes et surtout serbes. Je vous invite à lire les travaux d'Henri Pozzi (difficilement trouvables sur le net) à ce sujet.
Cela dit, l'Autriche est presque aussi coupable que la Russie ou la Serbie. Que la Russie et ses visées impériales sur les Balkans et Constantinople ; que les Serbes et leur visée impériale sur tous les slaves du sud (Bulgares, Croates, Slovènes, et même ces non-slaves d'Albanais). Oui, l'Autriche est aussi coupable car elle fut un empire, c'est-à-dire une structure qui, si bien gérée et administrée soit-elle (ce que tout le monde reconnait) avait une nation dominante (l'Autriche) et ses nations-vassales dominées (Tchéquie, Slovaquie, Slovénie, Croatie, Hongrie, Ruthénie, Roumanie de l'ouest).
Si l'Autriche, après sa défaite de Sadowa en 1866 avait pu rejoindre le Reich de Bismark (que ce dernier, coglione !) refusa, donnant l'indépendance et des frontières solides à ses anciens vassaux (c'est-à-dire sans enclaves, sans minorités ethniques), il n'y aurait pas eu de Grande Guerre et boucherie subséquente.

C'était très simple à faire, suffisait de prendre une carte de l'empire et de découper les frontières pourqu'elles bordent chaque ethnie (pour les malheureux qui se trouveraient dans une enclave, ils auraient eu le choix de vivre dans le nouvel Etat-nation avec statut d'étranger (ce qui n'est pas dramatique, quand même) ou bien de déménager et de rejoindre la mère-patrie.

Regarder cette carte :

775px_Greater_austria_ethnic

Cette carte à été tracée très sérieusement en 1910 par recencement de chaque commune de l'Empire. Dans une optique vraiment nationaliste, tous les territoires en rouge bordant la frontière allemande auraient pu être rattachés à l'Allemagne (les enclaves rouges que l'on trouve en Hongrie, Slovaquie et Transylvanie auraient subit le sort que j'ai expliqué plus haut, sans droit de vote sujet à problèmes irrédents, bien sûr). La partie en jaune aurait été donnée à la Russie (qui, on peut toujours rêver, aurait dans le même mouvement de générosité, de fraternité, d'idéalisme et -j'ose le dire- de bon sens nationaliste, aurait libéré la Pologne, les pays Baltes, la Finlande et les peuples -sédentaires- d'Asie.
La partie vert clair à l'Italie, la partie vert à la Hongrie, la partie ciel à la Tchécomoravie, la partie brune à la Slovaquie, la partie mauve à la Pologne.
Reste le cas de la Bosnie, ou l'on trouvait inextricablement mêlés Serbes et Croates. Là encore, même solution : pas d'enclaves, territoires d'alphabet latin et de religion catholique à la Croatie, territoires de culture orthodoxe et d'alphabet cyrillique à la Bosnie, et basta.

PLUS AUCUN MOTIF DE GUERRE !

Malheureusement, le traité de Versailles n'appliqua pas du tout ces saines méthodes (oh, tant que j'y pense, qu'on ne me sorte pas le pitoyable argument des "nations trop petites pour subvenir à leurs besoins. D'une part, l'absence de guerre aurait évité les haines et favoriser l'échange ici de matières premières, là d'objets manufacturés ; d'autre part, les admirables exemples de la Suisse et du Danemark montrent qu'on a pas besoin de monter un kougloff impérial plâtreux ou de faire des colonies en Afrique pour prospérer.)

-le traité de Versailles déclara l'Allemagne seule responsable de la guerre (on imagine la haine allemande devant cette injustice atroce !)
-le traité de Versailles n'appliqua pas son propre principe (pourtant admirable) du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes) puisque

  • La Tchéquie forma un mini-empire opprimant Slovaques, Ruthènes, Polonais, Allemands des Sudètes et Hongrois.
  • La Hongrie fut dépecée bien en-deçà de ses frontières ethniques
  • L'Autriche ni aucun peuple allemand contigü de l'Allemagne n'eut le droit de rejoindre la mère-patrie
  • La Serbie, à l'instar de la Serbie, créa son minable petit empire, opprimant Bulgares de Macédoine, Albanais du Kosovo, Croates et Slovènes


Dès lors, les revendications nazies semblent bien plus légitimes une fois qu'on a fait ce long détour par 14-18.

  • L'Anschluss ? Il était souhaité par l'immense majorité des Autrichiens (qui en plus vivaient dans le chômage à 20 % pendant que l'Allemagne avait résorbé le sien)
  • La conférence de Munich pour récupérer les Sudètes ? Stricte application du droit officiel de Versailles
  • La remilitarisation de la Rhénanie ? L'Allemagne avait accepté la limitation des armements, refusée par la France et l'Angleterre. Et si la Rhénanie n'est pas allemande, elle est quoi ? Suédoise ?
  • La mise au pas de la Tchécoslovaquie en mars 1939 ? Elle faisait suite au refus du président tchèque, Bénes, de donner l'autonomie (légitime) aux autres peuple de ce "pays". La Tchéquie ne fut d'ailleurs pas annexée à l'Allemagne mais placée sous protectorat, tandit que les minorités hongroises et polonaises pouvaient enfin être rattachées à leur nation, et que les Slovaques obtenaient leur indépendance.
  • Pour Dantzig, Hitler ne demandait que un vote dans la ville (peuplée quasi-uniquement d'Allemands) et une ligne de chemin de fer ou une route permettant le libre-passage de marchandises ou de forces armées entre l'Allemagne et Dantzig. Plus, même : Il proposait tous les avantages économiques sur le port et le libre-accès pour la Pologne.

Bref, on le voit, le tableau ne ressemble pas à celui que nous avons tous vu dans le documentaire De Nuremberg à Nuremberg.


Ajoutons à cela que la vie quotidienne pour les paysans, ouvriers, bourgeois allemands était bien plus paisible, plus prospère après 1933 qu'avant.
Moi aussi, j'ai longtemps cru que la résorbtion extraordinaire du chômage avait été dûe à un massif programme d'armement. Erreur ! Celui-ci ne se produira que vers 1937. Dans le même temps, le (pourtant toujours) très Honorable Roosevelt échouait lamentablement dans son New Deal (autant de chômeurs en 1939 qu'en 1933 !).
Et, de grâce, évitons les comparaisons libérales visant à mettre sur le même plan les totalitarismes fascistes et nazi d'une part, et le totalitarisme communiste d'autre part. Les premiers (comme toute révolution) ont eu un peu de sang sur les mains (25 morts chez Mussolini, quelques milliers, au plus, chez Hitler ; chez les communistes, ça se comptait par millions).
De plus, dans la vie quotidienne, le citoyen italien ou allemand ne vivait pas avec cette atroce trouille au ventre de laisser échapper un mot de travers qui pouvait l'envoyer en asile psychiatrique, ou dans un camp de travaux forcés dans l'hiver sibérien, avec ce vice supplémentaire que l'accusé, une fois torturé, devait fournir des aveux sincères de sa culpabilité (pourtant inexistante). Jamais on ne vit un tel vice dans les régimes fascistes et national-socialistes.

J'ai conscience que ces phrases peuvent choquer, mais ce sont des faits. L'univers décrit dans 1984 ne correspond pas à la vie quotidienne sous Hitler et Mussolini, mais terriblement à la vie quotidienne sous Lénine, Trotsky, Staline et autres sadiques bureaucrates rouges.

Quant au fameux "progrès social" qui au moins aurait été un avantage du totalitarisme communiste, on le retrouve (en mieux) dans les dictatures fascistes (et les cités ouvrières allemandes ou italiennes n'étaient pas des villages Potemkine de béton friable, de cuisines collectives bruyantes, de concierges-espions qu'on retrouve dans le paradis soviétique).



Malgré tout, je ne peux pas dire que j'aurais été à l'aise à vivre sous un régime mussolinien ou hitlérien, mais comme il est presque trois heures du matin, je finirais ce billet demain (avec photos très parlantes du film de Riefenstahl).



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