Je disais donc que je n'aurais pas été à mon aise, à vivre sous régime mussolinien ou hitlérien. Pour expliciter mon propos, le mieux est d'abord de vous montrer quelques images du film de Riefenstahl :

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Ça commence pourtant de façon magnifique avec des vues aériennes de ce bijou médiévalo-nordique qu'était l'ancienne cité de Nuremberg, et donc la photo ci-dessus n'est qu'un pâle reflet. J'ai toujours été plus attiré par l'esthétique de l'Europe du nord, sa peinture, sa musique, son architecture et même la sonorité de ses langues (depuis toujours l'allemande, et, depuis peu, la russe).

Si le film s'arrêtait là, tout serait parfait : une Allemagne qui songe à réunir tous ses territoires irrédents (comme la France royale songeait à réunir toutes les terres gauloises éparpillées par les invasion barbares et le désastreux empire carolingien). Une Allemagne pratiquant une politique sociale à la fois juste, efficace et ordonnée, sans tomber dans le nivellement sanglant du communisme. Une Allemagne renouant, sans y rester figer, avec sa tradition nationale, et farouchement indépendante. Une Allemagne libérée des féodalités financières, sans vaine lutte des classes.


Et puis il y a l'art nazi, la beauté de leurs uniformes (Hugo Boss), de leurs chants (c'est très mélodique, le Horst Wessel Lied), de leur architecture (résolument moderne sans pour autant rompre avec le passé, à l'inverse de ce que fit le communiste Le Corbusier). Et puis le corps était mis en valeur (pendant que la France, empoisonnée de mauvais vin, développait plus de rachitisme qu'à aucune autre époque de son histoire).

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la femme nazie, ça a une autre allure que la grosse pouffe Marianne et son bonnet rouge de schtroumpf





Bon, ça c'est la théorie, (et, pour tout dire, ce fut pratiqué en grande partie), mais, le national-socialisme allemand, c'est aussi ça :

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L'uniforme pour les enfants, à l'école, ça se justifie, mais des enfants en tenue militaire dans une réunion politique, qu'est-ce à dire, sinon que ce nationalisme orphelin d'un chef légitime (un roi) doive faire de tous les Allemands, dès le plus jeune âge, des gens qui doivent s'intéresser à la politique, dont on doit faire des nationaux-socialistes (Hitler le dit dans le discours qui clôt le film). N'est-ce pas là la dérive finale de la DÉMOcratie, car après tout, si le pouvoir est au peuple, le peuple doit s'occuper du pouvoir donc penser politique matin midi et soir ?

De même, pour faire un petit hors-sujet, le nationalisme est quelque chose d'anormal au sein d'une société civilisée. Dans une société civilisée, où chaque nation est souveraine, où les frontières sont stables parce que respectant la ligne de front ethnique, où le gouvernement s'occupe scrupuleusement des intérêts de la nation, où l'immigration est proportionellement faible ; dans une telle société, nul besoin d'être patriote, d'éprouver des pulsions nationalistes, de planter un drapeau national sur le toit de sa maison ou dans son jardin (comme le font ces hyper-démocrates d'Américains).

Le nationalisme est un médicament amer, excessif, mais qui ne se développe que parce que les choses vont mal. Hélas, trop de gens préfèrent dire du mal du médicament que du mal en lui-même.


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Oui mais voilà, dans l'Allemagne des années 30, c'était un médicament d'une amertume too much (peut-être est-ce en tant que Français, qu'esprit français que je dis ça). Cette grandiloquence, ces aigles énormes, ces lumières dans la nuit (les "cathédrales de lumières")....

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...ces drapeaux étranges, par millions, dans le stade, dans les villes, sur les étendards romains. Nous ne sommes plus en 1934, nous voilà revenu sous la Rome impériale...


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...voire même mille ans plus tôt, du temps des colossales pièrres de la civilisation de Mycène.

Sur cette photo, on distingue au centre Hitler, et sur la droite, un peu en dessous, Himmler, qui fait très terrifiant (enfin je veux dire plus que d'habitude, là).


Voilà la forme, le reste du film est composé de défilés de troupes, de foules au bras tendu (mais ça, je l'ai écrit hier, ça se comprend, les électeurs étaient éblouis par la réussite et la rapidité de la politique économique national-socialiste), et de discours.

Les discours, d'ailleurs sont surprenants. Ce ne sont que paroles creuses, volontaristes, évoquant "sacrifice", "devoir", "obéissance", "camaraderie", bref, une nation transformée en immense régiment. Le seul point concret abordé est la construction des autoroutes.

Et puis le chef parle. On est surpris, en voyant ce film, que Hitler ne crie pas tout le temps. Encore l'héritage de notre conditionnement médiatique made in Frédéric Rossif ou Claude Lanzmann.

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document rare : Hitler badin


Cela dit, il crit aussi (peut-être une histoire de micro moins puissant que de nos jours, peut-être la sonorité de la langue allemande à nos oreilles françaises, cela dit, hein).

Mais quand il crit, ce que fait peur n'est pas le nombre de décibels, mais le fond du propos. Prenez la photo ci-dessous :

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Hitler parle ici du parti. Qui doit donc devenir une religion. Le message est clair, puisque le roi à disparu, comme je l'écrivais plus haut, le peuple doit penser politique à longueur de temps, donc le peuple est le nouveau roi ; et puisque Dieu est mort, le parti unique sera l'Église du nouveau Dieu. Et ce Dieu sera l'Allemagne. Quant au pape, vous aurez compris que ce sera Dodolf.

Nous sommes vraiment assez éloignés d'un national-socialisme débonnaire, vraiment nationaliste (c'es-à-dire respectueux du fait national à travers le monde, donc pacifique), et encore plus d'une société organisée royaliste.

J'ai gardé le plus éloquent pour la fin, les derniers mots du congrès, prononcés par Rudolf Hess :

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Ce qui me semble hallucinant, c'est qu'une organisation aussi démentielle ai pu mener une politique étrangère, économique et sociale aussi raisonnable de 1933 à 1939, date à laquelle elle fut plongée contre son gré à la guerre.


Alors, qu'en dire ? Est-ce que ce nazisme délirant pourrait être mis en parallèle avec les sanguinaires robespierristes de 1792, ou les totalitaires bolchéviks de 1917 ? Que, de même que ces derniers se sont transformés en de médiocres corrompus à la Chirac ou de gris fonctionnaires à la Brejnev, l'image 1934 du nazisme aurait pu tourner à une sorte de national-socialisme modéré ? Rien ne le prouve, mais c'est l'hypothèse la plus raisonnable. (Même le bébé le plus braillard cesse à un moment de pousser ses ignobles cris sadiques).


Demain, dernier volet de notre trilogie sur le national-socialisme : pourquoi en parle-t'on encore si souvent aujourd'hui ?




XXleniadolf
"La classe ! Ça va en jeter, Bénito va être jaloux"