Pas plus que vous, chers lecteurs, je ne suis un spécialiste de l'économie. C'est d'ailleurs peut-être ce qui rendra mon exposé plus clair étant donné la montée en puissance du jargon de la caste économiste. (Là où il y a jargon, il y a langage ésotérique de domination, il y a mensonge. Axiome).

Pour plus de franchise, c'est au début et non à la fin de mon billet que je vous donne ma thèse : ceci est la crise terminale du libéralisme libre-échangiste (et, espérons-le, de ses soutiens parlementaristes-démocrates-humanistes, les politiques modérés).


Je crois vous avoir dit, il y a peu, que la politique volontaire de déficit structurel, d'emprunts et de dette était voulu à la fois par la caste de gauche (puisqu'elle lui permet d'engraisser sa clientèle électorale de fonctionnaires et d'assistés sociaux - moi-même, par exemple, faute de choix nationaliste au second tour, je préfère voter pour le PS que pour l'UMP. Pourquoi ? Pour les allocs, tiens ! Et je ne suis sûrement pas le seul dans ce cas) et par la caste de droite (puisque ceux qui prêtent, ceux qui disposent de capitaux, s'enrichissent de la manière la plus capitaliste qui soit, et ce sont les ouvriers et les classes moyennes qui les engraissent, tout votre impôt sur le revenu ne sert qu'à payer juste les intérêts de la dette - ne parlons même pas du capital).

Logique donc, de ne jamais entendre un UMP ou un PS remettre en cause les déficits structurels de fonctionnement (déficits qui seraient facilements comblés par une politique anti-immigration basée sur la préférence nationale et par un gel des salaires de la fonction publique jusqu'à ce que la situation revienne à la normale. Il faudrait aussi revenir sur la loi de 1973 qui interdit à l'Etat de se prêter à lui-même sans intérêt, au lieu de quoi ce sont les banques qui prêtent à l'Etat, avec intéret, à partir de rien.)

À partir de rien ? Vous ne me croyez pas ? Attendez, voici un exemple très simple. Une banque à le droit de créer de la monnaie à raison de 6 fois le montant réel dont elle dispose. Si elle possède 1 milliard, elle peut en créer 5, en faire crédit aux particuliers ou à l'Etat et empocher les intérêts. Dingue ? Oui. On n'en parle jamais ? Non. Pourquoi ? À votre avis ?

Bon, nous voyons au départ que déjà, le système est vicié par ce privilège accordé par les états démocratiques aux banques. Mais le problème serait scandaleux mais mineur si la situation de l'économie réelle était bonne.
Elle ne l'est pas.

Le dogme du libre-échange, tel un vampire, à littéralement vidé de son sang industriel les pays d'Occident. Amérique et Europe.
Conséquence : il se crée de moins en moins de richesse.

Parallèlement, l'idéologie du désir et de la frustration de la société de consommation (la pub et l'individualisme libéral) fait que les gens ressentent le besoin de consommer toujours plus (ou du moins autant). Comme les salaires ne suivent pas (concurrence des industries non-occidentales), que fait le consommateur ? Il emprunte (et nous retrouvons nos amies les banques).

Comme le citoyen s'appauvrit et que la ploutocratie (pente logique de tout système républicain/libéral/parlementaire) obtient de plus en plus de baisse d'impôts, l'Etat lui aussi se retrouve en position de devoir emprunter. À qui ? Aux capitalistes (cad ceux qui disposent d'un capital à investir) et aux banques.

Citoyens (pour continuer à consommer) et Etat (pour éviter le mécontentement en distribuant la pitance des allocations et ses bataillons de fonctionnaires/électeurs) se retrouvent endettés.

Vaille que vaille, le système se perpétuait. Lorsqu'on plonge une grenouille dans l'eau tiède qu'on met à bouillir, elle ne se rend pas compte qu'elle est en train de mourir.

Et l'immense masse monétaire crée (pas pour nous, hein) se retrouve dans la nécessité de se faire placer. D'où les bulles (internet, immobilier, que sais-je encore).


Et puis est arrivé l'an 2005. Il s'est passé quoi en 2005 ? Oh, trois fois rien : juste le sommet de la production pétrolière.

Et le pétrole, c'est ce qui permet les délocalisations. Puisque l'énergie n'est pas chère, on peut faire venir des tomates du Chili, des ballons de foot du Pakistan, des montres de Chine et des immigrés du Mali.

Mais lorsque l'énergie redeviendra chère, fini les délocalisations. Mais nous n'en somment pas encore là. Pour l'instant, 2005 c'est la date à partir de laquelle le pétrole devient cher, de plus en plus cher. Jusqu'à ce que cette cherté entraîne une crise de la demande (d'où les rechutes du prix du barril, mais jamais aux niveaux d'avant 2005, à tel point qu'en ce mois de mai 2010, un barril à 70 dollars parait "pas cher").

L'huile manque, la machine se grippe.

2007 : crise des subprimes. C'est quoi, pour faire simple ? C'est des couples qui se sont endettés sur la valeur de leur maison. Faute de tissu industriel, c'était le seul moyen pour avoir l'écran plat et les plats industriels adictifs (mais chers) pour la marmaille.

Les pékins moyens endettés ne peuvent plus rembourser.

2008 : les rentrées d'argent des crédits diminuent, les banques sont en difficulté (surtout qu'elles se sont emmêlées dans des combines d'investissements aux noms à coucher dehors). Lehman Brothers fait faillite.

(au passage, 2008 c'est aussi l'année de la guerre Géorgie vs Russie, qui a montré à la face du monde entier que les USA n'étaient plus capable de soutenir leurs alliés géopolitiques. Qui croit d'ailleurs aujourd'hui à la possibilité pour l'empire de guerroyer en Iran, eux qui ne sont même pas foutus de contrôler l'Afghanistan ?).

La solution des élites pour sauver leurs chères banques sans augmenter les impôts (touche pas à mes électeurs) ni renier la dette (touche pas à mes riches !) ? Créer encore plus de dettes. Et vas-y que je t'annonce des "plan Paulson" de 750 milliards de dollars (des sommes extravagantes qu'on dirait sorties d'un sketch d'Henri Krazuky) !

2010 : après l'énergie (2005), le pékin moyen (2007), les banques (2008), ce sont maintenant les Etats qui n'y arrivent plus. On s'acharne sur la Grèce telle Madame Roland réclamant "encore un instant, monsieur le bourreau", parce que les Anglo-saxons veulent se réserver les derniers quarterons d'investisseurs pour financer leurs déficits à eux. (explication : la somme dont disposent les prêteurs capitaliste n'est pas extensible à l'infini, c'est donc je finance l'Etat américain et son dollar ou je finance l'euro, mais pas les deux à la fois). Donc il faut faire campagne contre l'euro, en espérant que le dollar passera entre les gouttes.


Les pays exportateurs ne se réjouissent pas trop, cependant. Ils savent bien que si tout s'effondre en occident, qui achètera leur verroterie ? Déjà que la Chine dispose de dizaines de millions de chômeurs ; que l'agriculture indienne est zigouillée par Monsanto. Ah, ils sont beaux et puissants, les pays milliardaires en hommes. S'ils avaient écouté plus tôt le sage Malthus, mais bref....


Que peuvent faire les politiques, maintenant. Faire banqueroute (c'est-à-dire, "je vous nique, les mecs, je vous paierais pas vos intérêts")? Oui, c'est possible, mais....après il faut que l'Etat vive sans capitaux investisseurs, donc sur ses propres ressources. Seulement, c'est ballot, ils ont détruit leur source de richesse, leur industrie !
Ou alors, dévaluer leur monnaie ? Pour rembourser leur dette en monnaie de singe. Là encore, c'est ballot : puisqu'ils ont accepté de tout importer, leur monnaie de singe ne leur donne plus les moyens d'acheter les marchandises des pays exportateurs. C'est con, hein ?

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euro, dollar et livre sterling mous (allégorie)


Et pourtant, soit l'une, soit l'autre, soit ces deux solutions seront appliquées, tôt ou tard. Le niveau de vie va fortement diminuer. Et il faudra rebâtir une industrie nationale (locale), une agriculture nationale (locale), le tout avec un pétrole cher, et avec de moins en moins de pesticides (fabriqué à partir de pétrole).

Ce qui implique, politiquement et idéologiquement

-la nécessité d'une diminution de la population
-le côté rendu insupportable de l'immigration
-le retour en grâce du local
-la préférence donnée aux produits de qualité, durables, sur les produits jetables (puisque l'énergie sera chère)
-un pouvoir autoritaire pour châtier les responsables de ce désastre (les couillons d'électeurs sont aussi coupables que ceux qu'ils ont élus mais on ne peut pas mettre un peuple en prison, et puis culpabilité n'est pas responsabilité. Ce sont les élites qui sont responsables, et qui justifient ainsi, normalement, leur qualité de vie supérieure).
-la fin de la croyance aux bienfaits de la mondialisation.




Bref, les conséquences de cette crise (au fait, si des points vous paraissent faux dans mon résumé, ou juste pas clair, n'hésitez pas à poser des questions) entraineront la liquidation de deux siècles de dominance idéologique du libéralisme, de la gauche, de l'esprit du XVIIIe siècle.

guernica
gauche et droite en plein stress face à la crise

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