J'ai lu, effaré, ce long (et assez ennuyeux quand on n'appartient soi-même pas à l'éduc'naze, mais cela, JPB ne peut le comprendre ; il faut savoir en effet que quiconque entre dans ce milieu fréquente ce milieu, parle de ce milieu avec les gens de ce milieu, comme une mouche frappe à une vitre - manque de perspectives autres), ce long (disais-je, je n'arrive toujours pas à faire de courtes parenthèses), long billet de notre célèbre hérault moustachu de la rrrrésistance rrrrépublicaine face aux méchants pédagos. (employez ici le ton grandiloquant des édiles de la IIIe république finissante), j'ai nommé Jean-Paul Brighelli.

Le thème de ce billet ?

En résumé : l'école, c'est bien, et c'est la République qui a fait la vraie école (avant, c'était de l'ikéa, du mal fait, pas soigné, peut mieux faire).

Certes, certes, je ne vais pas, bien que royaliste, dire que l'école, sous Louis XV, était gratuite, laïque et obligatoire, mais enfin, mais enfin...si on réfléchit deux secondes en termes historiques : dans une société composée à 80 % de paysans, de pères en fils (ou même d'artisans, bouchers, charcutiers), l'essentiel du savoir venait des parents. Quel besoin d'une école ?

Et pourtant, ces enfants du peuple connaissaient, grâce aux coloporteurs, les derniers ragots de la Cour, riaient de bon coeur à la propagande fédoaliste des Mazarinades. Adorait son "bon roi" malgré ses "méchants ministres".
Ce même peuple pour qui fut placardé l'appel de Louis XIV, en 1709, au moment le plus désastreux de la guerre de succession d'Espagne.
Placardé.
Donc lu.
Donc bien plus de gens savaient lire qu'on ne l'imagine aujourd'hui.

appel1709

Et puis il y avait le curé, qui repérait vite les plus intelligents, et permettait à ceux-ci d'entreprendre des études plus poussées.

En résumé : les conditions socio-économiques de l'époque royale ne nécessitaient pas un grand nombre d'écoliers, donc pas d'école obligatoire.

C'est donc un mensonge intellectuel par ommission pour les républicains que de se targuer de leur fameuse "école de la république".
Y'avait pas d'écoles dignes de ce nom dans les monarchies allemandes, austro-hongroises, russes, suédoises, danoises, norvégiennes, anglaises, chinoises, japonaises, vers 1881 ?

"Ah ben maintenant que vous le dites", me direz-vous. Et oui, maintenant que je vous le dit parce que personne n'avait jamais songé, et surtout pas les Brighelli et autres tartuffes, à vous le dire.

En clair, république ou pas, l'école universelle se serait développée à la fin du XIXe siècle en France.


Cela dit, ce bref rappel historique ne vous explique pas, cher lecteur, le pourquoi du titre de ce billet.

Or, c'est très simple. La République, au fond des choses, c'est quoi ? : c'est l'égalité civique, "l'absence de prince".
Et cette volonté absolue d'égalité civique se répend, c'est humain, à toutes les envies, tous les désirs, toutes les frustrations. L'aveugle doit être égal au voyant ; le handicapé doit grimper l'Everest comme tout le monde, l'immigré est aussi français que vous et moi, il paye ses impôts (faut voir...) ;  le cancre à le droit au bac. Le débile mental à le droit de se déplacer dans la rue comme tout le monde ; l'alcoolique à le droit de voter comme l'ingénieur-chimiste.

La République, poussée à son terme, instaure l'égalité partout. C'est ce qui se produit sous nos yeux depuis qu'elle s'est déchaînée (au sens propre du terme, emprisonnée qu'elle était par le carcan, de plus en plus malingre, du passé et par la Geste gaullienne) en 1981.

L'autre soir, Caroline Fourest disait à Marine Le Pen que les gitans "sont des Français comme les autres". Marine Le Pen sans doute, et Brighelli peut-être, mettraient un bémol aux propos de Caroline Fourest (ou de Philippe Meirieu), arguant que c'est en contradiction avec les valeurs de la république. Ben non les gars (et la fille, pardon Marine), mais républicainement parlant, ce sont les Meirieu qui ont raison, ce sont les Fourest qui ont raison, ce sont eux qui sont intellectuellement cohérents, pas vous !

Ici, j'entend déjà certains lecteurs me dirent "bah, et la méritocratie, alors, c'est républicain, pourtant, la méritocratie !"

Ben non.

Si vous y réflechissez deux secondes, vous vous rendez compte que la méritocratie est aux antipodes de l'égalité (qui ne vise pas que l'égalité des chances au départ, et j'en veux pour preuve qu'on veut attribuer le bac à 90 % des éleves, moi en toute logique j'appelle ça l'égalité des chances à l'arrivée). Donc, donc, il est logique que les plus farouches républicains soient (sans le dire, car le mot garde son prestige) contre la méritocratie.

Et si vous pensez que je divague, regardez autours de vous, les lois, les attitudes, le discours médiatique, tout cela colle avec ma grille de lecture, pas avec la vôtre, chers lecteurs républicains (je dois en avoir), cher Brighelli (façon de parler, je n'apprécie pas ce type que je suspecte de déviance dantéquiste), chère Marine, surtout vous, Marine, qui n'aviez que le mot "république" à la bouche lors de votre débat contre Eric Besson. Ne soyez donc pas étonnée de vous être fait torcher ce soir-là, vous avez parlé la langue ricobessonnienne.

Mais je n'ai pas fini, je connais votre façon de penser, lecteur républicain, mon frère, j'ai été comme toi, quand j'étais couillon, si, si !

Là, tu vas me sortir que "si vous, Colbert, du blog Lingane, vous dites que l'égalité progresse, vous vous trompez, puisqu'on ne voit toujours pas de moches à la télé et que les écarts économiques se creusent entre riches et pauvres".

Ah, ah, ah !
Je pouffe.

Vous croyiez vraiment que je ne pourrais répondre à ça ? Voyons....

Il est évident qu'un système aussi absurde, aussi débile, que le républicanisme, tout comme ses frères, communisme et libéralisme, ne peut faire plier le réel.
Et le réel, c'est du Houellebecq : personne n'a envie de voir le JT, la météo, les clips, les films avec d'immondes boudins adipeux, buchenwaldiens, acnéiques ou rouquemoutes tendance Dublin.

Voilà pour l'inégalité beaux-laids (elle est atroce et implacable, je suis bien d'accord, mais nous en sommes tous complices car tous nous avons le sens instinctif du beau, puisque le beau ne dépend pas de notre culture mais existe en soi, archétypement, comme les Idées de Platon, comme le Vrai et le Bon).

Quant à l'inégalité du pognon, car c'est bien de ça qu'il s'agit, outre qu'elle ne serait jamais résolue au sens d'une égalité totale des revenus (et j'oserais dire : tant mieux), elle ne risque pas non plus d'être résolue au sens d'une réduction de l'échelle des revenus (et je dis comme tout le monde : hélas).

Cela a pourtant existé, entre 1960 et 1990, surtout dans les pays peuplés de blancs, intelligents, honnêtes et civiques (genre Suisses, Suédois, Autrichiens, Bavarois, Norvégiens...), mais ce n'était pas dû du tout à la république (la Suisse et les autres pays susnommés sont des démocraties) mais au fait que le libéralisme a été mis en sommeil. Moribond dès 1914, il a subit les coups de boutoir du communisme, du fascisme, du nazisme. En 1945, on ne pouvait pas le réinstaurer. On a donc passé un compromis grosso-modo social-démocrate, pas seulement pour contrer le bloc communiste (ça, c'est la thèse favorite des fans de Staline à la JF Kahn) mais parce que le libéralisme avait échoué. C'est comme ça, et puis c'est tout.
En 1945, le libéralisme comptait autant d'adeptes que n'en comptent les adorateurs de Jupiter en 2010.
Toutefois, par cran successif, comme les coucous s'imposant dans le nid des autres oiseaux, par de petites lois discrètes, le parti libéral (c'est-à-dire pour parler crûment, le parti du pognon) a restauré sa puissance à un niveau jamais vu depuis 1900.

Ce petit apparté historique pour bien montré que la relative prospérité égalitaire des années 60, 70 et 80 ne devait rien à la république.

Par contre, on peut être sûr que si un parti doit réinstaurer cette prospérité semi-égalitaire ce ne pourra pas être le parti républicain.

Pour une raison très simple, qui est qu'en système républicain, (surtout sans démocratie locale puissante, à la suisse, à la base), les élus ne doivent leur statut d'élu qu'à l'argent.

Qui
finance les partis ?
Qui finance les campagnes ?
Qui contrôle la presse ? (et de plus en plus avec le développement de la pub)
Qui coopte qui au sommet des partis ? (car pour être président, il faut contrôler un parti ; pour le contrôler, il faut y entrer comme militant, se faire remarquer, adouber par les barons du parti ; il faut montrer qu'on n'est pas un révolutionnaire ; bref, lorsqu'on prend enfin le contrôle du parti, on est un homme sans risque pour le système. Le système nous propose alors de choisir entre Schtroumpf PS et schtroumpf UMP et basta ya)

Réponse : la nouvelle féodalité : celle de l'argent.

Peut-être me direz-vous que ce schema est "simpliste", que "c'est plus compliqué que cela" ?
Je vous répondrais : "peut-être", mais moi ce ne sont pas les détails qui m'intéressent, c'est le "en gros", les grandes lignes, les structures intangibles. La mécanique du système.

Or, république=élections.

Le républicanisme, malgré les larmes de crocodile de Brighelli (qui profite de son statut de star nouveau-réac pour "séduire"* de jeunes et jolies institutrices), c'est tous les inconvénients du communisme sans les avantages et tous les inconvénients du libéralisme sans les avantages itou.

*une censure m'a suffit, hein, pas envie de perde ce beau billet suite à une dénonciation malveillante.


D'où : big mother "5 fruits et légumes par jour et interdit de jouer dans le parc, il y a du vent mon trésor", big brother "la loi dit que l'histoire c'est comme ça et pas autrement et hourra pour nos braves piou-piou qui défendent la liberté à Kaboul", big business "toi aussi découvre les charmes du monde en allant bosser en Malaisie pour 300 euros (mais 50 000 ngitrulas!) et profite pour découvrir nos 257 tarifs différents pour prendre le train entre Quimper et Saint-Raphaël" et big pareil "nous sommes tous des juifs allemands/roms roumains/femmes iraniennes lapidées/balayeurs afro-européens/sans-papiers congolais/nord-coré...ah non, pas les jaunes, on s'en tape, des jaunes, là on peut être raciste.



clarisse_p
c'est bon, vous l'avez compris, mon billet, ou il vous faut ENCORE des arguments ?





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