Cettte phrase, la voici :

Pour Evola, l’origine de cette réaction [fasciste] était double : -          D’une part, la prise de conscience que la crise de l’Etat risquait d’impliquer la mort de la nation italienne – une Italie qui ne peut pas se définir sans l’Etat (seul capable de faire coexister Milan et Naples dans le même pays).

Et elle me laisse perplexe. J'ai du la relire plusieurs fois tant je sentais qu'elle n'entrait pas dans la grille de lecture du PSR (ma grille de lecture, disons, puisque le PSR n'a, hélas, réussi à recruter personne).

Dans cette grille de lecture, l'état-nation est un bien, puisqu'il permet de sortir de l'étroitesse régionaliste sans tomber dans le délire mondialiste libéral-républicain. L'état est une structure fortifiant la nation, coordonnant ses actes, unifiant ce qui doit l'être (à commencer par la langue unique). L'état peut d'autant plus facilement le faire qu'une nation, au fond, c'est une ethnie ultra-majoritaire, partageant une histoire, une langue, une culture commune (on me dira que la cuisine française est très diverse, certes, mais du nord au sud se retrouvent nombre de points communs, la différence venant surtout des produits).

L'histoire et l'économie le démontrent siècles après siècles et tous les jours : les nations homogènes sont les plus prospères, les plus douces, les plus pacifiques. L'homogénéité, pour prendre une métaphore biologique, c'est à la nation ce que la circulation sanguine est à l'humain (cette métaphore est syntaxiquement atroce, mais j'ai passé une nuit blanche).

Bon, bref, je m'éloigne du sujet. En clair, l'état est un bienfait pour une nation, mais une nation peut exister sans état.

Fait qui semble être ignoré par l'auteur de l'article du Scriptoblog, puisqu'il affirme que sans Etat, l'Italie meurt. Argument ? Seul l'état peut faire coexister Naples et Milan.
L'argument serait logique puisqu'il repose sur un fait exact, mais il vient appuyer une démonstration fausse.

En effet, sans Etat, Naples et Milan se sépareraient sans doute, mais l'Italie demeurerait.

Comment puis-je l'affirmer ?

Par l'Histoire.

Histoire qui montre que durant des siècles, Milan et Naples ont été séparé sans qu'à aucun moment la conscience de l'italianité ne disparaisse. Elle existait déjà sous les Romains, le mot "Italie" recouvrait un concept et un territoire bien précis : exactement le même qu'aujourd'hui : un peuple niché sur une péninsule, entouré par la mer et les Alpes.

Conclusion ? Comme pour la Pologne, la Lettonie, la Lituanie, la Hollande, l'Ecosse, l'Irlande, la Mésopotamie, l'Albanie, et des dizaines d'autres exemples, les nations survivent à la disparition de leur Etat, de leur souveraineté, et même de leur liberté.

Les empires aboient (puis meurent), les nations passent...

Mais alors ? Les Scriptoblogueurs sont des gens cultivés (capables par exemple de faire des palanquées de recensions de livre, chose dont je suis pour le moment incapable, hélas). Ce sont des gens qui fréquentent les milieux informés (chose que je n'ai jamais su accomplir, bien que j'ai parcouru ces milieux en long et en large, je me contente de lire, lire, lire, et observer le monde, puis en tirer des conclusions).

Bref, comment des gens cultivés et informés peuvent-ils écrire une pareille énormité : la mort d'une nation ?

Je crois que là encore, ma grille de lecture me fournit la réponse.

La république.

La pensée républicaine.

Pour la pensée républicaine, c'est l'état qui construit la nation. Et beaucoup de gens qui se croient sincèrement royalistes (maurrassiens et souverainistes en tête) croient à cette idée. Combien de fois n'ai-je pas entendu cette débilité qui voudrait que ce soient les Capétiens qui aient construit la nation française ?
Faux, messieurs, ils ne l'ont pas construite, ils l'ont rassemblée (et le travail n'est pas terminé, d'ailleurs). La Francie, héritière de la Gaule, était en charpie politique à l'avénement de Capet. Les forces de la féodalité l'avait déchirée d'abord en grands et puissants duchés, puis le cycle se poursuivant, ces duchés eux-mêmes se sont déchirés en une myriade de baronnies, domaines, fiefs... Mais officiellement, il existait quand même un royaume de Francie, des frontières (Meuse, Saône, Rhône) et un monarque, même aussi grotesque et aussi faible que Louis V, le dernier carolingien.

Pour la pensée républicaine classique, de gauche, mettons, c'est la révolution française qui aurait inventé la nation, qui serait donc une sorte de concept vague et économiste. En gros, la nation, ce serait la prise de conscience par le peuple de son pouvoir, de son unité et donc de sa logique fraternité, de sa nécessaire égalité. De là, l'état républicain, par la centralisation, aurait appliqué ce programme politique. (On retrouve ici aussi l'erreur maurrassienne - et bernanosienne, disons-le - consistant à opposer le centralisme républicain à la décentralisation monarchique ; cette lubie de Maurras qui aurait bien fait rire les légistes de Philippe le Bel, les anti-albigeois de saint Louis, François Ier, Richelieu, Louis XI ou Maupeou qui tous, pas à pas, se sont efforcés de rogner sur les privilèges provinciaux, les particularismes juridiques, physiques - poids et mesures différents selon les régions ! -, économiques - des droits de douane à l'intérieur du royaume !)

Donc, cette nation républicaine serait une sorte de créature de laboratoire, sans chair, sans âme, une création purement politique, volontariste, consciente.

Si l'on entre dans ce cadre-là (le cadre de la nation républicaine) alors OUI, sans l'Etat, la nation meurt. Mais OUI aussi (et là est l'ouverture d'angle chère à nos profs de collège lorsqu'ils nous apprenaient à conclure une dissertation) cette nation républicaine n'a pas de frontières définies (puisqu'elle ne connait pas l'ethnie ni la culture ni la langue). En d'autres termes, la nation républicaine ne peut être qu'impériale.


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