Comme je l'ai peut-être déjà dit, la France est le tiers-monde de l'analyse électorale. Alors que dans n'importe quel pays civilisé ou même brésilien, on dispose des scores de chaque partis au centième près, en France, le ministère de l'intérieur nous balance de vagues regroupements (divers gauche, divers droite, sans étiquettes, "autres" (?)).

Il lui arrive même de placer des candidats du Front de Gauche tantôt sous l'étiquette COM, tantôt sous l'étiquette EXG, tantôt sous l'étiquette DVG.

Il m'a donc fallu reprendre le travail "à la main", compiler les données canton par canton sur excel, et vérifier à chaque fois si les candidats "sans étiquette", "divers" ou "autres" l'étaient vraiment ou s'ils étaient des DVG ou des DVD cachés.

Mais voici d'abord la répartition en voix sous forme de camembert :

CANTONALES_2011_groupes_id_ol

Le "marais" regroupe cette mouvance flottante des "divers gauches" et des "divers droites"J'ai amalgamé les écologistes estampillés EELV dans la mouvance "gauche républicaine". Le Modem est en jaune.

Ces résultats concernent, bien sûr, la seule France métropolitaine.


Les quartiles


Pour les cartes qui suivent et qui concernent les quartiles, quelques précisions :

-Le rouge signifie "département ou le parti a obtenu ses meilleurs scores", puis, dans l'ordre décroissant, le rose, le bleu ciel et le bleu foncé. Le jaune est pour le département exactement au milieu de la liste des 95 départements.

-J'ai, arbitrairement, regroupé certaines tendances :

  • avec le PS, j'ai regroupé le MRC, le PRG et les divers gauche
  • avec l'UMP, j'a regroupé DLR, le MPF, le CNI, le PCD, le PLD et les divers droite
  • j'ai placé dans "autre" (qui n'apparaissent pas en cartes, faute de résultats significatifs) les partis d'extrême-gauche (POI, NPA...), les partis d'extrême-droite (PDF, BI, LDS...) les régionalistes, le Modem, l'Alliance Royale et les inclassables.

 

CANTONALES_2011_PCF

Une carte sans surprise pour le FDG, sauf peut-être pour la Lozère et l'Essonne (effet Mélenchon ?). Point inquiétant pour la gauche communiste : il ne l'emporte que dans des cantons archi-dominés par la gauche, où le PS, bonne âme, lui laisse les meilleurs morceaux sans participer, ce qui augmente artificiellement son score. En réalité, dans la plupart des cantons, le FDG réalise une moyenne de 3-4 %

 


CANTONALES_2011_PS

Net recule de la gauche social-démocrate dans le nord, en banlieue parisienne (où ce ne sont pourtant pas les nouveaux électeurs potentiels qui manquent...). La social-démocratie ne séduit plus guère que le sud-ouest rural, l'ouest protégé de l'immigration et les classes moyennes de la fonction publique des grandes villes. De Versailles à Strasbourg et d'Arles à Menton, en revanche, la gauche modérée est en voie de disparition.

 


CANTONALES_2011_EEV

Comme pour les communistes, il est difficile d'interprêter cette carte, étant donné que dans un nombre assez conséquent de cantons, la gauche s'est regroupée derrière le seul candidat EELV. On notera toutefois que les bastions écolo ressemblent assez à ceux de l'ancienne France catholique, Île-de-France mise à part ou joue plutôt le facteur sociologique.

 

CANTONALES_2011_UMP

Que la droite républicaine soit proche du néant dans le sud-ouest, rien d'étonnant, mais quelle énorme surprise de la voir écrabouillée aussi dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse ou le FN siphonne ses voix. Des bastions du sarkozysme que furent le grand est ou le bassin parisien, il ne reste pas grand chose non plus. Mis à part l'Alsace et la Haute-Savoie, les quelques bastions éparpillés de l'UMP-DVD sont des départements ruraux et des électeurs âgés.

 

CANTONALES_2011_FN

Le FN mariniste à réussi à récupérer ses bastions de Provence et de Nice, ainsi que la périphérie du bassin parisien, mais toujours pas intégralement le grand est. Une carte classique dans les zones de faiblaisse de l'axe Brest-Rodez. Toutefois, cette carte est trompeuse, comme nous le verrons dans une analyse plus poussée du vote FN.

 

CANTONALES_2011_POIDS_RELATIF

Pour réaliser cette carte, nous avons pris le score national de chaque bloc, transformé ce score en base 100, et réalisé ce qu'il donnait pour chaque département. Les 3 départements en jaune correspondent à un vote régionaliste très fort (indice 600).

 

Le poids des gauches


GAUCHE

Les gauches sont quasi-inexpugnables dans le quadrilatère Bourges-Biarritz-Béziers-Grenoble et, dans une moindre mesure, en Bretagne et Flandres-Artois. Elles sont en revanche inexistantes sur la côte d'azur et dans le grand est, ainsi qu'en Vendée.

 

Les dessous du vote FN

 

Comme je l'ai dit plus haut, le fait que le FN ne présentât pas de candidats dans de nombreux cantons fausse un peu la carte. C'est pourquoi, j'ai réalisé une moyenne départementale en excluant les cantons ou il était absent. Plus que des cantons ou son score risquait d'être faible (on constate une grande uniformité départementale dans les scores du FN. Par exemple, dans un département ou il réalise 20 %, ses candidats ne sont jamais très au-dessus ni très en-dessous de 20 points. Ce n'est pas du tout le cas pour le PS-DVG ou pour l'UMP-DVD. C'est bien plus l'absence de candidats qui a poussé à ces absences dans certains cantons que la probabilité qu'ils fassent moins de 5 %. Donc, tout cela pour dire que la hausse que nous constaterons sur les cartes ne sera pas artificielle.

Pour mesurer cette évolution, j'ai pris deux cartes, celle des cantonales de 2004 et 2011, avec la même échelle, non pas relative (pas de quartiles, donc), mais absolue.

 

 

cantonales_2004_fn_scores_r_els

En 2004, le FN avait perdu ses bastions des années 80-90 ou il dépassait les 25 %, ces gros bataillons du sud-est. Ne restaient plus que quelques résidus en rouge. L'Artois était encore rétif au vote nationaliste et le nord-est avait totalement lâché le FN au profit de l'UMP. Quand à la diagonale Brest-Rodez, elle restait imprenable.

 

cantonales_2011_fn_scores_r_els

Quel changement en 2011, le bleu diminue considérablement (sauf en Haute-Corse, mais j'ai renoncé à comprendre le jeu politique dans ce coin-là...). Les bastions à 25 et + sont de retour, d'Arles et d'Avignon à Menton. Le FN redevient incontournable (ce n'est ici pas un mot-cliché comme aiment les employer les mauvais journalistes, mais un mot à prendre au sens de on ne peut pas gagner sans le FN) en Languedoc et au nord d'une courbe Evreux-Orléans-Besançon.

Toutefois, le fait le plus significatif n'est pas dans le retour de ces vieux bastions classiques du vote nationaliste, mais dans un évenement totalement inédit : l'apparition de brêches dans la forteresse Brest-Rodez.

La Haute-Vienne, la Dordogne, l'Ariège (!), l'Île-et-Vilaine (!!!), la Gironde, la Haute-Garonne, qui votent au-dessus des 15 % pour le FN, c'est du jamais vu. Et la réduction des poches "moins de 10 %" à seulement 4 départements (sans doute 5 avec Paris ; impossible à deviner pour la Creuse et la Corrèze ou aucun candidat FN n'était présent) montre une nationalisation du vote de ce parti. La carte qui va suivre le démontrera mieux que quelques lignes :

 

CANTONALES_2011_PROG_FN_04_11

C'est en effet dans les terres de mission du FN que son score évolue de manière fulgurante : +147% en Île-et-Vilaine, +135% dans le Finistère, +120% dans les Côtes d'Armor, +95% dans le Puy-de-Dôme, +84% dans le Gers, etc, etc.

Les seuls départements qui étaient déjà des bastions et qui continuent à progresser sont le Pas-de-Calais, la Moselle et la Somme. Mais les départements en "rose pâle" ne sont pas à négliger non plus. Leur progression moyenne est de 39 %.

On voit donc à travers cette carte que les murailles de la ligne non pas Maginot mais Brest-Rodez ont été sérieusement entamées.

 

Bref, c'est moins au niveau du score (certes excellent et même historique concernant le vote FN aux cantonales) qu'au niveau géographique que ces élections constituent un tournant dans l'histoire du mouvement nationaliste.

 

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