"Nous avons été battus par l'argent et le vote ethnique" déclara, après l'échec du référendum sur l'indépendance de 1995, un des patrons du Parti Québécois, Jacques Parizeau.

Et ! Comment aurait-il pu en être autrement !

Vous avez du mal à suivre ? Ne vous inquiétez pas, je vais expliquer tout ça en deux coups de cuiller à pot.

 

Bon, nous sommes en 1763, après une défaite contre les Anglais, la France signe le traité de Paris qui l'oblige à céder à Albion l'Inde et l'Amérique française.

En gros, tout ça :

 

EmpireFrench
ah oui, je sais, ça fait mal au cul, mais bon

 

Après la guerre d'indépendance américaine, la partie peuplée de colons français se réduira à la vallée du Saint-Laurent plus quelques enclaves éparses dans la plaine canadienne.

Les Français seront brimés à un point tel que jusqu'aux années 50, s'ils s'adressaient en français à un commerçant anglophone, mettons, à Montréal, celui-ci, parfois, leur répondait par un speak white...

La seule résistance des francophones fut de s'identifier à l'église catholique (à l'instar des Irlandais, peut-être) face à l'infâmie anglo-protestante.

Cette église catholique entraîna une prodigieuse fécondité, à un point tel qu'ils partîssent 60 000 et par un prompt copulage, ils se vîrent 6 millions en arrivant au port. (je ne garantis pas les accents circonflexes de ces conjugaisons casse-gueules) (ni l'accord de temps des mots composés) (ni que ce soit précisément un accord de temps).

Mais cet identitarisme franco-catholique, ultramontain, entrainait des conséquences politiques dangereuses : un esprit de soumission à la couronne britannique et un laissez-faire économique. Un homme comme Maurice Duplessis caractérise bien ce pré-nationalisme.

En 1960, le parti libéral revient au pouvoir et entame ce qu'on a appelé la révolution tranquille sur fond de nationalisme québécois. Cette révolution consistait à sortir du carcan clérical, à pratiquer une politique plus social-étatiste, enfin bref, toute la panoplie des années 60/Trentes Glorieuses.

Ce qui nous intéresse ici est que ce parti libéral fut aussi le héraut du nationalisme. Désormais, on lutterait tête haute contre le speakwhitisme, mais aussi (et ce n'est pas anodin), on ne parlerait plus de Canadiens-Français mais de Québécois.

Pourquoi n'est-ce pas anodin ? Parce que l'expression Canadien-Français contient, peu ou prou, un substrat ethnique. Alors que Québécois peut inclure aussi les habitants du Québec qui sont anglophones. Bref, nous retrouvons là notre vieille connaissance : la conception républicaine de la nation.

Alors bien sûr, au départ, personne ne s'y trompe : se disent Québécois les francophones et Canadiens les anglophones. L'immigration n'existe pour ainsi dire pas. Mais le fait est : le nationalisme québécois a pris racine à gauche.

C'est encore du parti libéral que viendra l'homme qui fonda le Parti Québécois, parti "souverainiste". Cet homme, que j'ai bien envie de qualifier de vieille merde, ce fut René Lévesque.

Oh et puis bon : René Lévesque fut une veille merde.

Non seulement venu du parti libéral, il gauchit encore plus le nationalisme québécois. Il fait en sorte que l'indépendance ne soit pas proclamée dès la prise de pouvoir du PQ mais après référendum. En 1981, après avoir été humilié comme jamais politicien ne le fut par les anglophones, il se couche, cède et lèche la patte de ses bourreaux en annulant une résolution votée par le PQ, revenant à la décision de proclamer l'indépendance par la voie parlementaire.

Il sera, hélas, suivit par 95 % des militants, sur qui la mentalité veule de leur chef à sans doute dégoulinée...

En 1984, enfin, il croit aux belles promesses du fédéraliste Brian Mulroney et propose de "mettre en veilleuse" l'indépendance. Des promesses qui ne seront, évidemment, pas tenues...Plusieurs membres de son gouvernement, écoeurés, démissionnent (dont Jacques Parizeau).

On le voit, René Lévesque (cette vieille merde) symbolise bien l'impasse du nationalisme de gauche. Au fond, il n'y tenait pas tant que ça, à l'indépendance. Et les membres de son parti non plus. Tout cela, lié aux racines de ce nationalisme. Si ce nationalisme avait puisé ses ressources dans la droite, l'extrême-droite ou dans n'importe quoi sauf la gauche, il n'est pas sûr qu'il fût arrivé au pouvoir (surtout dans le contexte sociétal des Trentes Glorieuses) mais ce parti vraiment nationaliste aurait pesé lourd, et sur le Québec, et sur les décisions prises à Ottawa (capitale du Canada).

Mais revenons au PQ, dans l'après-Lévesque (cette raclure de bidet). C'est Jacques Parizeau qui prend les commandes. Sous le règne de cet homme admirable, franc, compétent et sympathique, 60 % des Québécois francophones votent OUI à l'indépendance.

Mais bien évidemment, 99% des anglophones votent NON, ainsi que les immigrés (même francophones!) et les résiduts d'Indiens. Le tout, lors d'une campagne ou les médias soutinrent massivement le NON.

Et là encore, idéologiquement, il n'y a pas de hasard. Nous avons souvent écrit, sur Lingane, que le nationalisme était consubstanstiel d'une politique sociale forte (ça, au moins, les nationalistes de gauche l'auront fait, notamment avec la nationalisation des compagnies d'l'hydroélectricité). Or que voyons nous dans la phrase de Parizeau sur "l'argent et le vote ethnique" (en clair : le libéralisme et l'immigration) ? EXACTEMENT le contraire. Donc, si social et national vont ensemble, l'inverse aussi est vrai : antinational et libéral sont des mots qui vont très bien ensembles.

Depuis 1995, le parti québécois est un mort-vivant.

Concurrencé sur le plan économique par les gauchos de Québec Solidaire et les bobos du NPD ; concurrencé sur le plan de la représentation des "franco" par l'ADQ (plus à droite économiquement) ; concurrencés sur le plan nationaliste par le Parti Indépendantiste ; essuyant l'hécatombe de son clône au niveau fédéral, le Bloc Québécois (23 % à peine !)...

Le parti québécois est un mort vivant.

Il ne survit que par la mécanique des choses, par automatisme, par réflexe des temps anciens. C'est une coquille vide.

Et pendant ce temps, tout ce temps, année après année, l'immigration continue de croître au Québec, réduisant jour après jour le socle électoral maximal des partisans de l'indépendance.

Mais que voulez-vous ?...On est de gauche ou on ne l'est pas, n'est-ce pas ?

 

Oui, on l'est.

Et puis on en meurt.

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