FLASH infos-magazine
Journal "gentil et intelligent"

Bloc-notes N°44

Dehors les comiques !

       

                         

   

   

Alors que la situation réelle c’est : Une crise économique mondiale impliquant bientôt l’éclatement de l’Europe et l’écroulement du dollar. Une marée noire constituant, au large du Golfe du Mexique, un nouveau Tchernobyl avec le même pauvre couvercle pour tenter de couvrir un drame écologique d’une tout autre ampleur que les traditionnelles pollutions limitées par éventrements de supertankers. (Voire aussi en page 10) Ajoutez-y la guerre civile qui menace avec la montée de tensions communautaires incluant maintenant les Chinois, eux aussi en colère contre la racaille ethnique. Et au large de l’Iran, l’avancée de l’armada américano-sioniste qui nous prépare la troisième Guerre mondiale ! (Voir notre dossier) Que nous sert-on en France, dans nos médias mainstream ? Les problèmes de l’équipe de France de football. Les petites enveloppes distribuées par Madame Bettencourt ou touchées par Madame Boutin. Et, drame ultime, deux supposés comiques virés de France Inter ! De bonnes petites affaires dignes du Canard Enchainé – le rentier de la dénonciation pépère – afin de continuer à faire croire aux cadres qu’ils sont bien en démocratie…

Porte et Guillon aux abonnés absents

Pourtant la cause première de la crise mondiale on la connaît : c’est la dictature et le racket bancaire. Qui en parle ? Certainement pas Porte et Guillon ! Les véritables opposants aux éternels fauteurs de guerre on les connaît aussi : ce sont Chavez et Ahmadinejad. Qui en parle ? Certainement pas Porte et Guillon ! Quant au combat contre la pollution qui exige qu’on remette en cause l’idéologie du progrès pour oser se tourner vers la décroissance, qui en parle ? Certainement pas Porte et Guillon ! En France, un seul comique à osé pisser sur les piliers de la doxa : l’antiracisme, l’antifascisme, la Shoah… Et qui ose le soutenir au sein de sa profession ? Certainement pas Porte et Guillon ! Alors pour remettre à leur place ces petits animateurs cachetonneurs, momentanément disgraciés par la radio d’Etat, je me permets, en ces temps de vacances et de paresse caniculaire, de vous resservir un texte, issu de mon abécédaire, mais toujours d’une actualité brûlante :

Pourquoi le comique n’est-il pas drôle ? (désolée, mais écrit comme tel, ce n’est pas une interrogation !) (ou pour en finir une fois pour toute avec la tartuferie de ces supposés garants de la “liberté d’expression”)

Un. Le comique est réactionnaire

Son rôle : produire de la fausse critique sociale sans conséquence. Mieux, ridiculiser l’engagement, le sérieux, rendre tout dérisoire, et au passage rendre sympathiques les personnages qu’il prétend attaquer (cf. Guy Bedos et ses stand-up pour happy few socialos). Aidant ainsi à ce que, tout en rigolant, rien ne bouge.

Deux. Le comique est bête

Comme tous les êtres peu doués pour le concept, le comique a peur du sens et de tout ce qui le dépasse, mais plutôt que d’admettre sa petitesse d’esprit, il se moque de la grandeur des autres. Obligé de réfléchir, il joue l’absurde contre la complexité : profondément inculte, il ne sait pas que l’absurde est le paradoxe des crétins et le paradoxe, la dialectique des imbéciles. Ennemi déclaré des systèmes, le comique adhère bien sûr au système de pensée qu’on ne voit pas, puisqu’on est en plein dedans gros malin, soit le système en vigueur, ce qui fait de lui aujourd’hui un néo-kantien et un néolibéral qui s’ignore. S’il veut faire l’intelligent c’est pire, toujours aussi bête, il cesse alors totalement d’être drôle (cf. l’écolo-gauchiste Marc Jolivet).

Trois. Le comique est conformiste

Comme il parle surtout de ce qu’il ne comprend pas : faits de société, politique…, le comique finit par être manipulé par le pouvoir (cf. Coluche et ses Restos du cœur, bonnes œuvres accompagnant le virage néolibéral pris par les socialistes après 1983). Pouvoir pour lequel il a, au fond de lui-même, un respect fasciné. Logique, les inventeurs du one man show – un homme seul en scène, rendu surréel par l’éclairage et haranguant une foule venue pour exulter – ne sont-ils pas les deux comiques Hitler et Mussolini ? Une servilité vérifiée par ses cibles, toujours ennemies déclarées du régime : hier cocos et FN ; aujourd’hui chasseurs ou musulmans, mais pas touche aux féministes, aux écologistes ou aux gays !

Quatre. Le comique est lâche

Ayant beaucoup ramé dans le bas music-hall avant d’accéder aux sunlights : animation de comités d’entreprise, Club Med, café-théâtre, le comique vit dans la terreur de redescendre. D’où l’incommensurable lâcheté d’un Smaïn – le Beur de service, aujourd’hui remplacé par Jamel Debbouze – prenant le “parti d’en rire” (sic) quand on l’interrogeait sur la ratonnade de la Guerre du Golfe (sans doute pour ne pas froisser les organisateurs de spectacles, traditionnellement peu acquis à la cause arabe). Quant au prétendu engagement de certains, compte tenu des liens étroits qui unissent monde de l’argent, politique et médias, soyez sûrs que s’ils étaient vraiment subversifs, ils seraient passés à la trappe (cf. Dieudonné).

Cinq. Le comique est méchant

Bien à l’abri derrière la meurtrière du second degré (cf. les Deschiens), le comique déverse son fiel en toute impunité sur les ménagères, les gros, les mongoliens, les ploucs… qui ont eux la suprême inélégance de tout prendre dans la gueule au premier degré ! Mais surtout, la concurrence étant rude, les plus installés se privent rarement de leur petit pouvoir pour flinguer les nouveaux (cf. Guy Bedos se plaignant de la programmation télé des Inconnus, ou plus récemment, les Guignols débinant Laurent Gerra invité au Grand journal). Sans oublier, bien sûr, de trahir amitiés et mentors au gré des cachets proposés (cf. le zigzagant Laurent Ruquier).

Six. Le comique est chiant

VRP du zygomatique, champion du monde du rire… Rien de plus fastidieux finalement que le comique systématique : on peut rire de bonne foi à un spectacle de Pierre Palmade et en ressortir avec un tragique sentiment de vide. Parce qu’il ne dépasse jamais le genre mineur du sketch, le comique fait de mauvais films (cf. les ratages de Coluche qui ne fut bon que dans un rôle triste, les films nuls des Nuls, etc.), la succession de gags étant à la comédie burlesque ce que la compilation de recettes de cuisine est au roman. Dépressif pour les raisons susdites, le comique est aussi triste et chiant en privé. À l’image du steward, il a tendance à se venger sur ses proches : épouse, enfants… de devoir être sémillant non-stop pour gagner son pain.

Sept. Le comique vieillit mal

Les Monthy Python (humour anglais décalé 70), les Nuls (humour pipi-caca branché 80), drôles sur le moment, le sont beaucoup moins lorsqu’on visionne leurs trucs après quelques années. Et plus c’était branché à l’époque, plus ça a mal vieilli (axiome à vérifier bientôt avec Jamel Debbouze ou Titof). Justice sociale immanente ? Sur la durée c’est encore le comique populaire qui s’en sort le mieux (cf. Les Inconnus, Jean-Marie Bigard…) puisqu’il est encore possible de sourire aujourd’hui à un sketch de Fernand Raynaud. Devenu ringard, le vieux comique finit en plus par se prendre au sérieux (cf. Bruno Gaccio passé en moins de dix ans d’une critique à l’acide de la Word Company au pur catéchisme PS). Singeant le philosophe (cf. jean Yanne sans doute poussé par son éditeur) ou l’artiste (Woody Allen en mauvais jazzman). N’importe quoi, en somme, plutôt que de lâcher la rampe et fermer sa gueule !

Conclusion : Le comique ne gagne pas à être connu. C’est pourquoi le jugement du temps qui passe, dans son infinie sagesse, lui réserve au panthéon sa juste place aux oubliettes.

Et j’ajouterai aujourd’hui que c’est parce que Dieudonné a su sortir de cette catégorie étriquée et surfaite qu’il s’est assuré une place dans l’histoire, au côté des Villon, Darien et Pancho Villa… au-dessus de Coluche, sans doute mort trop tôt pour avoir pu exprimer pleinement cette insoumission et cette colère qu’il sentait monter en lui. Bref : oublions Didier Porte et Stéphane Guillon !

Alain Soral